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juin 2014

Quartier européen
Du rond-point Schuman au "Caprice des dieux", l'Europe bouillonne à Bruxelles. Parlementaires, diplomates, fonctionnaires, lobbyistes se livrent une bataille permanente dans les salons feutrés de la capitale de l’Union.

Ce blog est une fenêtre sur les petites et grandes histoires qui se jouent dans le quartier européen.
Par Olivier Gosset et @F_Rohart.

Posté le 26 juin 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

La Commission européenne se vide

Une poignée de commissaires européens se sont fait élire au Parlement. Ils siègeront donc comme députés dès la semaine prochaine. Olli Rehn a déjà été remplacé, mais pour le reste "la Commission peut tourner avec moins de 28 commissaires"...

KataiAvec le départ d'Olli Rehn, c'est une page mouvementée de l'histoire européenne qui se tourne. L'homme qui a incarné la rigueur budgétaire à travers la crise rend son tablier : élu par les Finlandais, il a démissionné mercredi pour prendre sa place au Parlement européen. Le président de la Commission a annoncé avoir confié son portefeuille à son compatriote et ancien Premier ministre Jyrki Katainen (42 ans, photo). Le conservateur finlandais occupera donc ce poste clé (et très prisé) jusqu'à la fin du mandat de la Commission Barroso - le 31 octobre si la formation de la nouvelle commission ne prend pas de retard.

À ce stade, Rehn est le seul commissaire démissionnaire remplacé. D'autres membres du collège ont également été élus, le 25 mai : l'Italien Antonio Tajani, commissaire à l'Industrie, le Polonais Janusz Lewandowski (budget), la Luxembourgeoise Viviane Reding (Justice), le Slovaque Maros Sefcovic (affaires institutionnelles). Ou encore Karel De Gucht, un cas à part puisqu'il s'est fait remplacer au Parlement par le suppléant Philippe De Backer (Open VLD). Ils ne seront pas forcément remplacés d'ici à l'installation de la prochaine commission: l'exécutif européen "peut opérer avec un nombre de commissaires inférieur à 28, c'est compatible avec les traités", a indiqué Pia Ahrenkilde Hansen, une porte-parole du Berlaymont.

@F_Rohart

Posté le 25 juin 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Marine Le Pen perd son pari

Le Front National français et ses alliés ne sont pas parvenus à former un deuxième groupe anti-européen à côté de celui du Britannique Nigel Farage. Un échec provisoire, selon Marine Le Pen.

Fin du mercato. Depuis les élections européennes, ça négociait ferme dans les couloirs du Parlement. Pendant que les uns tentaient de créer de nouveaux groupes politiques, les autres manoeuvraient pour attirer de nouveaux membres dans leur escarcelle - ou pour ne pas en perdre. L'objectif pour tous étant de convertir le résultat électoral du 25 mai en un maximum d'influence au sein du prochain Parlement européen. Les marchands de sièges avaient jusqu'à hier pour donner la dernière main à leur groupe: le processus de répartition des postes dans le nouveau Parlement commence aujourd'hui, en vue de la session plénière constitutive du 1er juillet.

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Sans conteste, le courant anti-européen - le grand gagnant du scrutin du mois dernier - est le grand perdant de ces tractations. Le Front National de Marine Le Pen, qui a raflé près d'un quart des voix françaises le 25 mai, a reconnu avoir échoué à former un groupe politique, hier. Après le refus de Nigel Farage, leader du parti anti-européen britannique Ukip, de s'allier au FN, Marine Le Pen avait déjà dû renoncer à l'idée de former un bloc d'envergure au Parlement. Mais elle caressait encore l'espoir de bâtir un groupe plus modeste, avec l'aide du Vlaams Belang, du PVV néerlandais, du FPÖ autrichien et de la Ligue du Nord italienne.

Pour bénéficier des avantages financiers et stratégiques qu'apporte la formation d'un groupe (ici), les partis candidats doivent réunir un minimum de 25 eurodéputés issus d'au moins un quart des pays de l'Union - sept, en l'occurrence. Avec ses 24 eurodéputés à l'origine (Joëlle Bergeron a fait défection depuis), le Front National remplissait presque le premier critère à lui seul. C'est sur le second qu'il s'est brûlé les ailes.

Le FN et ses quatre alliés précités avaient donc besoin de deux nationalités supplémentaires. S'ils ont espéré un temps pouvoir compter sur le parti polonais Kongres Nowej Prawicy (Congrès de la nouvelle droite, KNP), ou sur le Mouvement national bulgare VMRO, ils se sont officiellement ravisés hier. Le Néerlandais Geert Wilders (PVV) a souligné qu'il avait "vraiment envie" de former un groupe, "mais pas à n'importe quel prix". La "fréquentabilité" si chère à cette nouvelle droite extrême aurait été dégradée par un rapprochement avec le KPN, dont le dirigeant Janusz Korwin-Mikke a notamment estimé pendant la campagne que "le Führer du IIIe Reich n'était pas au courant de l'extermination des Juifs". Marine Le Pen aurait donc renoncé au groupe par volonté de "cohérence politique", indiquait-elle hier au "Figaro", précisant que le Congrès de la nouvelle droite est "incompatible avec notre pensée et notre projet politiques".

La patronne du FN ne s'avoue pas vaincue pour autant. "Nous y parviendrons dans une semaine, un mois ou deux", assure-t-elle. "Je suis absolument convaincue que ce groupe existera à court terme". Si le FN parvenait à former un groupe avant la moitié de la législature, il pourrait prétendre aux avantages que confère un groupe en termes de postes. En attendant, sans groupe, les élus d'extrême droite manqueront de visibilité. Geert Wilders en a pris acte: après avoir reconnu l'échec, le Néerlandais a indiqué qu'il n'irait pas user son siège d'eurodéputé. "C'est gentil de la part de Bruxelles de m'avoir donné un badge. Mais je n'y vais pas. Bye bye Bruxelles!", a-t-il posté sur Twitter.

"On a mal négocié"

Pour le reste, les cartes sont connues. La semaine dernière, l'eurosceptique britannique Nigel Farage a formé son groupe "Europe de la liberté et de la démocratie" (48 membres) avec entre autres le Mouvement 5 Etoiles italien de Beppe Grillo, et grâce au ralliement de l'ex-FN Joëlle Bergeron. À l'autre bout de l'hémicycle, le groupe de gauche radicale GUE/NGL réunit 53 eurodéputés. Il est notamment parvenu à s'allier des membres, comme les Néerlandais du Parti pour les animaux, qui auraient naturellement pu atterrir chez les Verts. "On a très mal négocié, on a été trop arrogants", regrette un proche du groupe Verts/ALE qui, avec 50 sièges, dégringole de la 4e à la 6e place dans l'ordre des groupes les mieux représentés. Avec 66 sièges, le groupe libéral ALDE, qui a perdu beaucoup de plumes lors du scrutin, a perdu son pari de rester le 3e groupe quand la N-VA s'est tournée vers les eurosceptiques "soft". C'est le groupe ECR, créé par David Cameron, qui monte sur le podium - fort de 69 sièges, c'est le grand vainqueur du mercato. En première division, les socialistes du groupe S & D se sont maintenus à 191 députés, tandis que les démocrates-chrétiens du Parti populaire européen (PPE) restent largement le premier groupe politique, avec 221 membres.

@F_Rohart

N.B. Article publié dans L'Echo du 25/6

Posté le 19 juin 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

La N-VA dans un groupe qui défend l’intégrité des États

En rejoignant le groupe ECR au Parlement européen, la N-VA lie son destin à des défenseurs de l’intégrité de l’État nation. Et tourne le dos aux libéraux, qui avaient déroulé le tapis rouge.

JohanVanOvertveldtDec2013DT16«L’intégrité souveraine de l’État nation». C’est l’un des dix grands principes que le groupe des Conservateurs et réformistes au Parlement européen (ECR) a inscrits dans sa «Déclaration de Prague». La N-VA a annoncé mercredi en fin de soirée qu’elle liait son destin à ce groupe, sans se préoccuper de cette contradiction programmatique (l’article 1er de ses statuts indique qu’elle défend «une République de Flandre indépendante»).

Et sans se montrer sensible aux arguments que les libéraux européens (ALDE) venaient de sortir le grand jeu en adoptant une nouvelle «Charte des valeurs et principes». Le groupe mené par Guy Verhofstadt, et dans lequel siège le MR, a coulé dans le marbre le fait qu’il «ne prend pas position» sur l’ordre constitutionnel et institutionnel des États. Et va jusqu’à préciser que «chaque membre individuel jouit de la liberté d’exprimer et de défendre sa propre opinion sur les questions institutionnelles nationales». Un tapis rouge, vous dit-on.

Les libéraux ont donc été pris par surprise. Après avoir officiellement invité, mardi soir, les séparatistes flamands à rejoindre son groupe, Verhofstadt prévoyait une conférence de presse dès mercredi matin pour annoncer la nouvelle: grâce à la N-VA, l’ALDE resterait le 3e groupe au Parlement – le «faiseur de rois», avec 71 sièges contre 64 pour ECR. 

C’était sans compter ce tacle en dernière minute. La conférence de Verhofstadt est prévue à 11h, elle est annulée à peine deux heures plus tôt. «À la demande de la N-VA.» Le parti de Bart De Wever retourne la situation: après avoir laissé les libéraux venir quémander, le parti de Bart De Wever leur tourne superbement le dos.  Une claque magistrale.

Mais pourquoi donc la N-VA rejoint-elle le groupe des «eurosceptiques fréquentables», comme on les appelle dans le sérail? Pour faire mal à Verhofstadt, diront certains. Avant et pendant la campagne, les libéraux flamands n’ont eu de cesse d’attaquer la N-VA sur le danger du nationalisme. Si c’était le but, c’est réussi: avec le transfert de la N-VA vers le groupe ECR, ce sont les conservateurs et réformistes qui sont 3e au Parlement, avec 68 sièges contre 67 pour l’ALDE. Si Verhofstadt caressait encore le rêve de devenir le nouveau président du Parlement européen, ses chances viennent sans doute de partir en fumée.

Euroscepticisme soft

Pourtant, faire mal à l’Open VLD ne saurait être un objectif en soi pour la N-VA, qui sait qu’il sera plus difficile de faire monter les libéraux belges à bord d’un gouvernement fédéral après un tel affront. Mais elle sait aussi à quel point il aurait été difficile, comme premier parti de Belgique, de travailler dans l’ombre d’un Verhofstadt qui prend la place que l’on sait au niveau européen. 

Enfin, nonobstant un sérieux bémol exposé plus haut, la N-VA est plus proche idéologiquement du groupe ECR, dont le parti conservateur britannique de David Cameron est la colonne vertébrale. La N-VA est très critique à l’égard de la construction européenne, et s’oppose à la vision des «États-Unis d’Europe» que défend Verhofstadt. Pour Johan Van Overtveldt, tête de liste à l’Europe, «L’Eurofédéralisme volontariste de Guy Verhofstadt est difficile à digérer».

C’est tout? Peut-être pas. La composition des nouveaux groupes doit être arrêtée le 24 juin en vue de la répartition des postes au Parlement. Verhofstadt peut-il dénicher de nouveaux sièges d’ici-là ? Les Roumains du parti libéral PNL ont décidé de rejoindre le groupe démocrate-chrétien PPE, mais rien n’exclut que les libéraux parviennent à convaincre certains d’entre-eux de remonter à bord du navire bleu ciel. Les libéraux peuvent toujours espérer.

@F_Rohart

N.B. Article publié dans L'Echo du 20/6
Photo : le leader de la N-VA à l'Europe Johan Van Overtveldt (c) Dieter Telemans

Posté le 16 juin 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Lamberts : "Je pense que je sais faire !"

Le Belge Philippe Lamberts prend du galon au Parlement européen. Il a été élu par les écologistes (les Verts/ALE) - pour prendre la place de Daniel Cohn-Bendit comme co-président du groupe. Interview. 

L'écologiste belge Philippe Lamberts prend la place qu'occupait Daniel Cohn-Bendit, le tribun du Parlement européen. Dans une interview accordée à L'Echo, le nouveau co-président du groupe des Verts estime être à la hauteur de la tâche. Et prévient : il n'a pas l'intention de fricoter avec Guy Verhofstadt et les libéraux européens comme l'avait fait "Dany le rouge" avant de tirer sa révérence. Extraits.

Vous êtes co-président du groupe Verts/ALE, dans quel état d'esprit abordez-vous cette tâche?

C'est probablement le plus grand défi de ma carrière. Il faut faire en sorte que la mayonnaise prenne dans la nouvelle équipe et qu'on maximise le résultat qu'on peut réaliser avec nos forces limitées. Ce n'est pas un méga groupe, on sera cinquante...

PhilippeLamberts201406DT4Vous avez apporté de la crédibilité aux verts dans le domaine de la finance, ne risquez-vous pas de les déforcer en lâchant ces matières?

Je resterai dans la commission économique et monétaire (Econ) pour suivre la réforme bancaire - si je peux y consacrer 10% de mon temps, ça sera bien. Mais dans les nouveaux membres du groupe, il y a deux économistes qui veulent rejoindre la commission Econ. La relève est prête.

Vous succédez à Daniel Cohn-Bendit à ce poste, un tribun qui est devenu l'une des icônes du Parlement européen. Comment abordez-vous cette "succession"?

Avec beaucoup de sérénité: je ne cherche pas à être une espèce de Dany Cohn-Bendit au rabais. Mon métier, c'est d'être Philippe Lamberts et d'incarner d'une autre manière les Verts européens. Je n'ai pas son parcours, c'est très clair. On verra si je suis capable de susciter autant d'intérêt pour les débats européens au Parlement. J'invite les gens à regarder un zapping de mes interventions en plénière, ils pourront se rendre compte que je n'ai pas moins de capacité à croiser le fer avec Barroso ou son successeur que Dany ne l'avait. Je pense que je sais faire!

Cohn-Bendit s'était rapproché du libéral Guy Verhofstadt, notamment avec leur livre "Debout l'Europe". Vous considériez cela comme une erreur. Les relations des Verts avec les libéraux sont en voie de refroidissement?

Cela dépend de ce que vous avez lu dans ce rapprochement. Je sais que Verhofstadt a nourri un instant l'idée de liste "libérale-verte" au travers de l'Europe... Peut-être que Dany y a cru, je n'en sais rien. Mais ça ne tenait pas une demi-seconde. Vous n'imaginez quand même pas des listes Groen-VLD et Ecolo-MR... C'est pour rigoler! Là où j'ai vraiment eu une divergence avec Dany, c'est dans son approche consistant à faire de l'État-membre la cause de tous les maux. C'est se tromper. C'est tenir le discours miroir de ceux qui dans les États membres rejettent la cause de tous les maux sur l'Europe.

@F_Rohart

N.B. Extraits de l'interview publiée dans L'Echo du 14/6, à lire ici.

Photo : (c) Dieter Telemans

Posté le 12 juin 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Lamberts, le premier de classe belge qui succède à Daniel Cohn-Bendit

L’eurodéputé belge Philippe Lamberts prend la succession de Daniel Cohn-Bendit comme co-président du groupe des Verts/ALE au Parlement européen. Un défi de taille pour un homme ambitieux.

LambertsOfficiellement, Philippe Lamberts est toujours en "vacances politiques" chez IBM Belgique: il peut reprendre ses fonctions quand bon lui semble. Mais le groupe américain serait bien inspiré de ne pas compter sur un retour de sitôt. Le spécialiste ès "Automotive/Aerospace/Defense" n’est pas près de mettre fin à son congé, et pour cause: il vient d’être élu co-président du groupe des Verts au Parlement européen. Il prend ainsi la place qu’occupait l’un des tribuns les plus talentueux et les plus médiatisés de l’hémicycle: Daniel Cohn-Bendit.

Depuis son entrée au Parlement européen en 2009, l’écologiste est parvenu à se rendre incontournable sur les questions financières. Et d’un bout à l’autre du spectre politique du Parlement, tout le monde est d’accord pour voir en lui un technicien brillant. "C’est un collègue qui a toujours été très travailleur", rapporte ainsi la libérale française Sylvie Goulard (ALDE), qui l’a côtoyé sur les bancs de la Commission des Affaires économiques et monétaires (Econ). L’eurodéputée flamande Marianne Thyssen (CD&V, PPE) le décrit comme un homme "zélé et très ambitieux". "C’est clair qu’il est plus extrême que nous - il peut être très dur dans ses interventions -, mais il est aussi capable de faire des compromis", ajoute-t-elle.

Détesté de la City

Ingénieur de formation, Lamberts s’est engagé au parti écolo dès 1991. Il a notamment été membre du conseil communal d’Anderlecht pendant douze ans, puis conseiller en politique étrangère pour Isabelle Durant, quand elle était vice-Première du gouvernement Verhofstadt (1999-2003). Lorsqu’il entre au Parlement européen en 2009, il obtient un siège dans la commission Econ en pleine crise financière, c’est le timing parfait pour booster une carrière politique.

En pointe sur les dossiers de régulation, Lamberts devient la coqueluche des médias financiers. "Il a le talent pour maîtriser des domaines techniques extrêmement complexes et en tirer matière à débat politique", abonde Pierre Defraigne, directeur du think tank Madariaga-Collège d’Europe.

Non, "M. Lamberts n’est pas votre écolo moyen", comme le résumait bien le "Financial Times" dans un portrait consacré au Belge en mars 2013. Il venait de remporter le succès de sa carrière: le Parlement et Conseil s’étaient mis d’accord pour plafonner les bonus des banquiers à 100% de leur salaire, suivant l’architecture que Lamberts avait proposée. De quoi enrager le monde de la finance. "Les lacunes que Philippe a en termes de connaissance et de compréhension du secteur bancaire […], il les comble largement avec ses certitudes et son entêtement", s’irritait alors un banquier auprès du "FT". En France, "Le Monde" a même fait de Lamberts "l’homme le plus détesté de la City". Pour un homme de gauche, c’est une décoration digne de la Légion d’Honneur.

Succéder à "Dany"

"L’histoire de la City de Londres a été plus un buzz médiatique qu’autre chose", tranche un écologiste peu convaincu par le personnage. "Il a été jusqu’à se faire filmer à Londres avec les moyens du parti, comme le pape qui va sur son terrain. C’était pathétique." C’est clair: le côté boy-scout catholique de Lamberts ne plaît pas à tout le monde chez les verts. Il a remporté la co-présidence contre le Français Yannick Jadot avec une courte majorité (23 votes sur 41).

Saura-t-il donner aux Verts l’élan qu’apportait son prédécesseur? "Succéder à Daniel Cohn-Bendit ne sera pas évident" observe sobrement Sylvie Goulard. "Prendre la succession de Dany, personne ne peut le faire", estime quant à elle Isabelle Durant, pour qui, "à part le fait d’être écolo", les deux hommes n’ont "rien en commun". Pour l’ancienne vice-présidente écologiste du Parlement, Lamberts "a tout à prouver". Prouver qu’il est capable de sortir de son terrain de prédilection. Prouver qu’il est capable de rassembler les écologistes autour d’une ligne cohérente. Un défi de taille, sans doute. À la taille de son ambition, certainement.

@F_Rohart

N.B. Article publié dans L'Echo du 12/6

Posté le 11 juin 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Les libéraux européens prêts à accueillir la N-VA

Les libéraux européens ont applani leurs divergences au sujet de l'entrée de la N-VA dans leur groupe. Guy Verhofstadt, leur leader, est parvenu à convaincre ses membres de l'importance pour les libéraux de gagner les quatre sièges des indépendantistes flamands pour rester la troisième faction au Parlement européen. Reste à convaincre Bart De Wever de choisir le groupe libéral plutôt que le groupe conservateur ECR.

NVALe tabou était tombé depuis longtemps, la pilule vient de passer: la N-VA est bienvenue chez les libéraux européens. Les chefs des délégations nationales du groupe libéral européen (ALDE) se sont réunis hier (mardi 10/6) pour discuter de l'adhésion au groupe de 18 nouveaux eurodéputés, dont les quatre élus de la N-VA. La réunion a été "très constructive", indique-t-on au bureau du parti libéral.

Si constructive qu'on n'a pas jugé utile d'en programmer une autre avant la réunion de groupe du 18 juin, au cours de laquelle l'ensemble des eurodéputés de l'ALDE (Alliance des libéraux démocrates pour l'Europe) adouberont leurs leaders. En théorie, la décision doit être prise par les 2/3 des députés du groupe. En pratique il n'y aura pas de vote: l'unanimité est de mise.

La N-VA est donc bienvenue, même s'il est politiquement impensable pour les libéraux européens de le dire officiellement, dans la mesure où Bart De Wever n'a pas officiellement frappé à la porte de l'ALDE. La N-VA tient elle-même un bureau de parti ce samedi 14 juin au cours duquel elle doit choisir le groupe auquel elle compte adhérer. Son chef de file à l'Europe, Johan Van Overtveldt, indiquait la semaine dernière encore qu'il continuait de discuter avec "plusieurs partis".

Le MR au pied du mur

Aldeparty_short_900x900L'arrivée de la N-VA dans le groupe libéral serait douloureuse pour les francophones du Mouvement réformateur. Quand les premières rumeurs de rapprochement avec les séparatistes flamands ont filtré, Louis Michel, le chef de file européen du MR, a menacé de quitter le groupe, estimant les thèses de la N-VA "totalement incompatibles avec le libéralisme". Une position compréhensible dans le contexte belge, mais difficile à tenir au niveau européen: deux partis séparatistes espagnols font déjà partie du groupe ALDE - le parti nationaliste basque (PNV) et le parti autonomiste Convergence démocratique de Catalogne (CDC). Le MR n'envisage plus, aujourd'hui, de quitter le groupe si la N-VA y faisait son entrée, nous revient-il à bonne source.

Guy Verhofstadt, le leader du groupe, adopte officiellement une posture neutre sur la question, mais on sait à bonne source qu'il a poussé de tout son poids pour faire entrer les séparatistes flamands. Pour convaincre ses membres les plus rétifs, il a avancé la possibilité de former un "groupe technique": un acte qui officialiserait le fait que l'arrivée de la N-VA serait un mariage de raison plutôt que de coeur.

Pour Verhofstadt, l'enjeu n'est ni plus ni moins que de maintenir le groupe libéral sur la 3e place du podium au Parlement européen, place qui donne un net avantage en termes de postes d'influence (présidents de commissions, rapporteurs...). Avec la N-VA à bord, les libéraux garderaient leur avance sur les eurosceptiques modérés du groupe ECR. Mais si, a contrario, Bart De Wever choisissait de "donner" ses eurodéputés à ECR, ce groupe aurait de bonnes chances de se hisser sur le podium à la place de l'ALDE.

@F_Rohart

N.B. Article publié dans L'Echo du 11/06

Posté le 4 juin 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

"Politico" à Bruxelles, l'Europe n'a qu'à bien se tenir

La scène médiatique bruxelloise (au sens européen du terme) est en ébullition: "Politico" serait sur le point de débarquer. La star du journalisme politique made in USA, le cordon ombilical du Tout-Washington, le "must read" de l'intelligentsia américaine viendrait bousculer le train-train bruxellois, selon des informations de presse.  

"Politico" à Bruxelles ! Pour le petit monde médiatique bruxellois, ça serait la nouvelle du siècle - au moins. Du haut de ses sept années d'existence, le site/journal est autant admiré que craint par les grands médias traditionnels américains. Nul doute que son arrivée dans la capitale de l'Union provoquerait des remous.

L'information est toutefois officieuse. C'est le site buzzfeed.com qui l'affirme, en citant "deux sources familières du projet" : après avoir réussi une implantation à New York, "Politico" aurait l'intention de "lancer une organisation d'information à Bruxelles sur le même modèle".

L'argent des lobbyistes

Johnharris1"Politico", c'est un site internet assorti d'une galaxie de publications (quotidien gratuit, lettres spécialisées...), fondé en 2007 par deux anciens journalistes du "Washington Post", John F. Harris (photo) et Jim VandeHei. Le mot d'ordre: priorité au web et à la qualité - autrement dit: moins de papier, plus de journalistes.

À l'époque, le journal débarquait sur un marché considéré comme saturé. Ca ne l'a pas empêché de faire de la place. "Politico" ne publie pas la fréquentation de son site, mais selon Niemann Journalism Lab, il a attiré 4 millions de visites mensuelles en 2011. Et d'après "Le Monde", la rédaction de "Politico" est passée de 12 journalistes en 2007 à 300 début 2014. 

Le journal tire une très large part de ses revenus de la vente d'annonces aux armées de lobbyistes basées à Washington avec des dollars plein les caisses pour tenter de convaincre les Congressmen et autres fonctionnaires de défendre leurs intérêts.

Étude du sujet

Le journal américain a déjà appris sa leçon sur les terres qu'il convoite. Avant la visite en grandes pompes de Barack Obama à Bruxelles, il avait publié dans son Magazine un article expliquant au Président américain que "la deuxième capitale la plus puissante au monde a évolué bien au-delà des gaufres et des frites". Tout comme Washington, la capitale belge est "une ruche d'avocats, politiciens, diplomates, espions, lobbyistes et autres apparatchiks politiques", notait le journal. (Autant de bonnes raisons pour "Politico" de s'y installer...)

Mais alors que Washington est "politicalement polarisée - certains diraient paralysée - Bruxelles est une ville de compromis où la solution favorite pour tout problème est de rédiger une déclaration si vague que chacun peut revendiquer la victoire et si vide que personne n'est offensé", expliquait le journal au président américain.

À Bruxelles, "Politico" marchera sur les plates-bandes d'autres journaux anglophones comme Europolitics, Euractiv, EUObserver, ou encore de l'hebdomadaire "European Voice", lancé par le "The Economist" en 1995 et distribué gratuitement aux eurodéputés et aux hauts fonctionnaires européens. Avis de tempête.

@F_Rohart

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