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juillet 2014

Quartier européen
Du rond-point Schuman au "Caprice des dieux", l'Europe bouillonne à Bruxelles. Parlementaires, diplomates, fonctionnaires, lobbyistes se livrent une bataille permanente dans les salons feutrés de la capitale de l’Union.

Ce blog est une fenêtre sur les petites et grandes histoires qui se jouent dans le quartier européen.
Par Olivier Gosset et @F_Rohart.

Posté le 17 juillet 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Aux Flamands l'Amérique, aux francophones l'Afrique

Les députés européens ont choisi leur zone géographique de prédilection. Les Belges couvrent une bonne partie de la planète, mais pas la Russie, le Japon ou la péninsule arabique. Les Flamands sont plutôt portés sur l'Amérique du Nord et les économies émergentes comme la Chine et l'Inde. Les francophones, plutôt sur l'Afrique.

Les eurodéputés se sont partagés le monde. Ce mercredi, la séance plénière du Parlement européen a approuvé la composition des délégations parlementaires. La plupart des députés se voient donc attribuer, en plus de leur domaine politique, une zone géographique plus ou moins large (à l'exception toutefois des chefs de groupes comme le libéral Guy Verhofstadt et le vert Philippe Lamberts).

Le monde

On peut donc faire une photographie des intérêts géographiques des Belges. Intéressant de constater à quel point l'Amérique du Nord mobilise les députés du Nord du pays - trois d'entre-eux sont membres de la délégation pour les relations avec les États-Unis (Johan Van Overtveldt (N-VA), Bart Staes (Verts) et Gerlof Annemans (Vlaams Belang)). Ils regardent également vers l'Est: Mark Demesmaeker (N-VA) a jeté son dévolu sur l'Ukraine alors que sa coreligionnaire Helga Stevens a choisi les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale.

Les francophones sont "absents" du continent nord-américain, par contre, contrairement aux Flamands, ils regardent vers le Sud : trois d'entre-eux font partie de la délégation pour l'Afrique-Caraïbe-Pacifique (Claude Rolin (cdH), Marie Arena (PS) et Louis Michel (MR)). Et la Mediterranée n'est pas en reste, avec le socialiste Hugue Bayet suivant la Turquie et la libérale Frédérique Ries suivant Israël et l'assemblée de l'Union pour la Méditerranée.

@F_Rohart

Posté le 17 juillet 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

800.000 euros à la poubelle

Herman Van Rompuy a foiré. Pour convoquer deux sommets européens à trois semaines d'intervalle, il faut être convaincu que ce sera productif. Le président du Conseil a réuni les 28 dirigeants de l'Union au Juste Lipse, mercredi soir, pour les mettre d'accord sur les nominations des hautes fonctions de l'UE (Haut représentant, Président du Conseil, président de l'Eurogroupe). Résultat ? Nada. C'était prévisible. Les diplomates chargés de préparer le terrain n'ont pas donné le moindre signe qu'un préaccord se dégageait. Les positions étaient encore trop brutes, l'accord loin d'être mûr. Un sommet pour rien.

Pour rien ? Pas exactement en fait. Selon un rapport publié en début de semaine par la Cour des comptes française, un déplacement du président français pour un sommet européen coûte 9.500 euros (rien que pour le vol). Pour s'offrir un ordre de grandeur à la grosse louche (on insiste: à la grosse louche), on peut multiplier ce montant par le nombre de chefs d'État et de gouvernement qui ont dû se rendre à Bruxelles (27). On arrive à 256.500 euros, que l'on arrondi sans complexe à 300.000 euros (la plupart des leaders font un déplacement plus long que Paris-Bruxelles, et ces frais ne comptabilisent que le trajet). À cela on ajoute la mobilisation belge: chaque sommet européen coûte environ 500.000 euros à la Belgique en mobilisation de forces de l'ordre et en transports. Ca fait grosso modo 800.000 euros.

Pour la présidence du Conseil, cette réunion aura été utile - "non conclusive, mais utile", a assuré Van Rompuy lors d'une conférence de presse au milieu de la nuit. Ceux qui n'étaient pas au coeur du huis clos pour juger de cette utilité seraient tentés de résumer cette soirée sans pincettes: 800.000 euros à la poubelle.

Posté le 16 juillet 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Et pour la Belgique, le Multilinguisme ?

Plongée dans la recherche d'un accord fédéral, la Belgique pourrait-elle se retrouver avec un homme invisible à la Commission ?

Le Multilinguisme. Avec la majuscule due à tout portefeuille ministériel qui se respecte... Évitons d'emblée tout malentendu: c'est une mission importante - noble - que de faire respecter les 24 langues officielles de l'Union européenne face à une anglicisation galopante, d'entretenir la bouillonnante diversité du continent. Mais ce n'est pas faire injure à la Commissaire chypriote Androulla Vassiliou que de faire ce constat: le jeu de formation de la Commission Juncker consiste pour les gouvernements à tout faire pour ne pas se retrouver avec ce portefeuille de poids-plume.

Chaise musicale

Les grands États - Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni - sont assurés d'emporter des postes d'influence. Les autres marchent en rond autour des sièges, et quand la musique s'arrêtera, celui qui n'aura pas joué habilement se retrouvera avec le Multilinguisme, l'Aide humanitaire ou un autre attribution de deuxième zone.

La Belgique s'asseoira-t-elle à temps ? Alors que l'informateur royal poursuit ses travaux, et sachant qu'un poste de Commissaire équivaut, dans les marchandages fédéraux, à un poste de vice-Premier, elle n'a en tout cas toujours pas de nom à donner à Jean-Claude Juncker. Le temps joue en sa défaveur: le président de la prochaine Commission a demandé aux capitales de lui envoyer leurs candidat(e)s pour le 23 juillet.

Karel De Gucht (Open VLD) peut-il espérer rempiler comme Commissaire au Commerce ? Marianne Thyssen (CD&V) a-t-elle plus de chance de décrocher un poste d'envergure alors que Juncker cherche à composer une Commission sexuellement "équilibrée" ? Didier Reynders (MR), Joëlle Milquet (cdH), Johan Vande Lanotte (sp.a) pourraient-ils créer la surprise ? Plus que la personne, la question est de savoir si la Belgique va garder de l'influence au sein de l'exécutif européen ou passer une législature dans l'ombre.

Jusqu'à présent, la diplomatie belge a toujours montré une habilité certaine à décrocher des postes en vue. Les années Barroso II en sont le plus bel exemple, avec un Herman Van Rompuy au sommet du Conseil et un Karel De Gucht au Commerce - de ce fait aux manettes pour la création de "l'Otan économique" (TTIP), et très visible dans les médias économiques internationaux.

Comme à leur habitude, les diplomates belges ne font pas de vague. Les Belges ne sont pas cités comme candidats naturels aux grands postes qui doivent se négocier au sommet qui s'ouvre ce mercredi soir à Bruxelles - même si, face au blocage qui s'annonce pour le remplacement de la Haute Représentante Catherine Ashton, certains médias ont sorti le nom de Karel De Gucht  comme challenger potentiel. La Belgique parviendra-t-elle à tirer leur épingle du jeu ou restera-t-elle dernière debout quand la musique s'arrêtera ?

@F_Rohart

Posté le 15 juillet 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Le cdH à nouveau dans son élément au PPE

Les eurodéputés francophones ont largement adoubé Jean-Claude Juncker. Même Philippe Lamberts, le seul qui ne fait pas partie de la coalition qui soutient officiellement le luxembourgeois, a voté pour lui. Et parmi les Belges à Strasbourg, il y en a un qui est sur un petit nuage: l'ex-syndicaliste Claude Rolin.  

De tous les eurodéputés belges, Claude Rolin (cdH) était le plus rayonnant, ce mardi matin. Jean-Claude Juncker venait de prononcer son dernier discours comme candidat à la présidence de la Commission (il a été élu avec 422 voix pour 376 nécessaires). Et si le cdH s'est longtemps senti mal à l'aise au sein du Parti populaire européen, il semble que ce discours aux larges accents sociaux marque un tournant. "J'ai bu du petit lait", sourit l'eurodéputé cdH. Évaluation de l'impact social de chaque mesure d'austérité, extention de la garantie jeunesse de 25 à 30 ans, plan d'investissement de 300 milliards d'euros, politique industrielle volontariste... "Je suis satisfait à 200%" abonde l'ancien syndicaliste. Avec un tel programme, "je n'ai aucun problème à être dans le groupe PPE", sourit celui qui, il y a quelques mois à peine, laissait encore plâner la possibilité pour le cdH de sortir du groupe conservateur.

On l'aura compris, Rolin faisait partie des 422 députés qui ont voté pour Jean-Claude Juncker. Côté belge, tous les francophones ont d'ailleurs soutenu le Luxembourgeois. "Je ne suis pas sûr qu'il y ait tellement de choses qui différencie sur le fond Juncker de Guy Verhofstadt", explique Frédérique Ries (MR) - qui a publié une photo de son bulletin de vote sur Twitter (voir ci-dessus). Comme membre du groupe libéral ALDE, elle fait partie de la coalition qui promettait son soutien au Luxembourgeois. Tout comme les socialistes, d'ailleurs. "C'est une avancée démocratique. On l'a dit pendant la campagne: il faut que ce soit le gagnant des élections qui soit élu à la tête de la Commission", indique le bourgmestre de Farciennes Hugues Bayet (PS).

Le seul eurodéputé francophone belge qui ne fait pas partie de la coalition conservateurs-socialistes-libéraux a lui aussi décidé de voter pour l'ancien président de l'eurogroupe. "Juncker est l'un des PPE les plus acceptables", explique Philippe Lamberts. Le co-président du groupe des Verts aura voté à contre-courant de sa faction : les deux tiers des eurodéputés écologistes ont annoncé qu'ils voteraient contre le Luxembourgeois. "On est tous d'accord sur l'analyse, à savoir que vu les gens qui soutiennent Juncker, il y a peu de chances pour qu'il avance dans le bon sens", explique Lamberts. "Mais j'ai décidé de donner plus d'importance à l'argument procédural: si Juncker n'était pas confirmé, ça aurait été une victoire pour Cameron et Orban", ajoute-t-il.

Bref, les francophones accueillent donc Juncker à bras ouverts après ce beau discours. Avec un bémol, comme le souligne Frédérique Ries: "Ce discours qui relève du catalogue, pour le moment: il y a urgence pour que la Commission reprennent en main son guidon, se réapproprie son droit d'initiative." Juncker est certes bienvenu, mais il est attendu au tourant.  

@F_Rohart

Posté le 15 juillet 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

En partant, Barroso lâche la femme enceinte

L'élection de Juncker n'était pas la vraie question du jour, à Strasbourg - chacun savait qu'il serait élu dans un fauteuil. Le vrai débat porte sur une des dernières décisions de Barroso. Après six ans de débats stériles, il veut retirer sa proposition d'allonger le congé de maternité à 18 semaines dans toute l'Union. Ce n'est sans doute pas pour déplaire à la Belgique, mais le Parlement européen fulmine.

On devrait assister ce mardi à l'un des derniers grands clashs entre le Parlement européen et la Commission de José Manuel Barroso. La question du jour à Strasbourg n'est pas de savoir si Jean-Claude Juncker doit être élu comme nouveau président de l'exécutif européen - chacun sait qu'il le sera. Mais plutôt de savoir quelle mouche a piqué la Commission sortante lorsqu'elle a rédigé son testament. Elle, que l'on attend plutôt discrète en cette fin de mandat, a annoncé en juin dernier son intention de tirer un trait sur la réforme des congés de maternité. Par hygiène législative: elle "considère comme une bonne pratique de gestion le fait de retirer des propositions bloquées en phase législative". Tout le travail mené sur le sujet depuis 2008? Classement vertical.

À l'époque, la Commission avait proposé de porter le congé de maternité de 14 à 18 semaines (rémunéré au niveau du congé maladie) dans toute l'Union. Le Parlement européen s'était emparé du texte pour aller plus loin: en 2010, il proposait de faire passer la durée des congés de maternité à 20 semaines - avec salaire complet.

Mais les États membres ne l'entendent pas de cette oreille. Comme le résume Bart Buysse, directeur général de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), "l'allongement du congé de maternité a un coût budgétaire élevé. C'est des moyens que l'on cherche à trouver, pas de nouvelles dépenses..." En 2010, la Belgique était encore dans le camp réformiste sur ce dossier. Elle en avait même fait l'une des priorités de sa présidence du Conseil. Mais elle n'est pas parvenue à faire bouger les lignes. Et rien ne dit qu'elle essayerait encore aujourd'hui, si l'occasion lui en était donnée. Avec 15 semaines de congé de maternité, la Belgique fait partie des 13 pays de l'Union où le congé légal est inférieur à ce que propose la Commission. Sans compter que la Belgique est l'un des trois pays où ce congé est le moins rémunéré.

Quoi qu'il en soit, l'annonce de la Commission a déclenché un tollé général dans la société civile. Au sein du Comité économique et social européen (CESE), travailleurs et employeurs sont même parvenus à s'accorder pour "inviter le Parlement européen à s'opposer à la Commission", estimant que la décision de l'exécutif "aurait pour conséquence une inacceptable marche en arrière en termes d'égalité des genres et de protection des droits des femmes".

En Belgique, Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC, a envoyé une lettre aux eurodéputés faisant de cette mesure une question politique clé: vu le malaise entre les citoyens européens et les institutions de l'UE, "adopter une directive maternité plus forte enverrait un message positif aux citoyens", plaide-t-elle. Le Parlement européen ne devrait pas avoir besoin de "l'invitation" des partenaires sociaux pour s'animer sur ce sujet.

"Ce que nous voulons, c'est que la discussion continue", indique l'eurodéputée Marie Arena, qui coordonne la position du groupe socialiste (S & D) sur ce dossier. "Le TTIP on continue, mais le congé maternité on arrête? Cela montre bien la couleur de la Commission Barroso", observe-t-elle. Cette dernière s'en défendra certainement. À moins qu'elle ne revienne sur son annonce pour laisser soin à Juncker et Matteo Renzi, qui préside le Conseil, de mitonner la patate chaude.

@F_Rohart

N.B. Article paru dans L'Echo du 15 juillet

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