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novembre 2014

Quartier européen
Du rond-point Schuman au "Caprice des dieux", l'Europe bouillonne à Bruxelles. Parlementaires, diplomates, fonctionnaires, lobbyistes se livrent une bataille permanente dans les salons feutrés de la capitale de l’Union.

Ce blog est une fenêtre sur les petites et grandes histoires qui se jouent dans le quartier européen.
Par Olivier Gosset et @F_Rohart.

Posté le 26 novembre 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Une "offensive européenne" pour l'investissement

Jean-Claude Juncker a présenté son plan pour combler le déficit d'investissements en Europe. Il espère attirer 315 milliards de fonds privés dans les trois ans. Le vice-président de la Commission Jyrki Katainen parle d'une "offensive pour l'investissement".

Ioannes_Claudius_Juncker_die_7_Martis_2014Réveiller les montagnes de capitaux européens  qui dorment dans les coffres privés, cela fait des années qu'on en parle, Jean-Claude Juncker vient enfin de présenter un plan susceptible de le faire. Son gros réveil à cloches prend la forme d'un fonds de 21 milliards d'euros qui doit servir à garantir en premier recours les grands projets à financer d'ici 2018.

Vingt-et-un milliards pour relancer un continent ? La mise de départ peut sembler dérisoire, mais le plan est généralement bien accueilli dans les rangs de la "majorité" qui soutient Juncker au Parlement européen : il ouvre la voie à l'investissement sans pour autant grever les budgets publics, puisque les 21 milliards qui formeront le Fonds européen pour les investissements stratégiques (EFSI) seront issus du budget courant de l'Union européenne et de garanties de la Banque européenne d'investissement (BEI).

La Commission espère que ce fonds permettra de lever 315 milliards d'euros pour financer des projets structurants pour l'économie européenne. Les Etats membres ont déjà remis à l'UE quelque 2.000 propositions de projets pour 1.300 milliards d'euros en tout, une task-force de la BEI et de la Commission est déjà entrain de faire le tri.

Jyrki Katainen, le vice-président de la Commission en charge des investissements a détaillé le plan comme suit:

Un fonds stratégique sera mis sur pied, le European Fund for Strategic Investments, ou "EFSI". Retenez ce sigle, on ne parlera plus que de lui dans les mois à venir. Le fonds se composera comme suit:
-5 milliards d'euros de capital versé par la BEI.
-16 milliards d'euros via le budget de l'UE. La Commission va placer 8 milliards d'euros de son budget dans un fonds de garanties qui permettra de délivrer 16 milliards au FSI.

Cette base de capital de 21 millliards permettra de lever des prêts publics pour un peu plus de 60 milliards. Ce levier permettrait selon Katainen d'attirer des investissements privés de manière à ce que l'ensemble des investissements représente 315 millliards.

 

L'EFSI se concentrera sur les investissements dont le profil de risque est trop élevé pour la BEI et servira de garant en premier ressort. Couvrir le cas échéant les premières pertes devrait encourager le privé à sortir du bois.

L'autre moyen mis en place pour redonner confiance aux investisseurs, c'est la création d'un "pipe-line" transparent de projets soutenus par l'Union: il s'agit d'offrir plus de visibilité aux investisseurs pour les aider à prendre les bonnes décisions. C'est tout le sens du travail mis en œuvre par la "Special Task Force" dont on parle beaucoup sur ce blog. 

Si le plan fonctionne, il sera reconduit pour la période 2018-2020, a indiqué Jean-Claude Juncker. 

Certains déplorent que le contribuable soit en première ligne pour assumer les risques. C'est le cas du co-président des écologistes européens Philippe Lamberts : 

La majorité au Parlement européen (socialistes S&D, libéraux ALDE, conservateurs PPE) soutiennent globalement le plan. Alors que le chef du groupe conservateur Manfred Weber parle d'un "pas vers un agenda de réformes ambitieuses", le leader socialiste Gianni Pittella estime ainsi que cela "vaut la peine d'essayer" :

 

 

Il faut dire que le plan Juncker prend en compte une demande des socialistes (mais aussi de certains États comme la Belgique) en proposant de sortir une partie des investissements du périmètre des règles de discipline budgétaire: "Si un pays ne respecte pas le pacte de stabilité parce qu'il contribue au fonds EFSI, la Commission européenne n'en tienra pas compte", a dit Jean-Claude Juncker au cours d'une conférence de presse à Strasbourg.

De sonc côté, le chef de groupe libéral Guy Verhofstadt demande à ce que les investissements ainsi soutenus par l'Europe ne soient réalisés que dans les Etats membres qui réalisent des réformes structurelles: 

La Commission n'a rien annoncé de tel, mais précise que les projets seront sélectionnés par le management de l'EFSI. La proposition de la Commission ne prévoit pas de quotas par pays. Reste à voir dans quelle mesure les États membres pourraient tenter de la modifier. 

 @F_Rohart

N.B. La Commission a mis en ligne un site spécial pour expliquer le plan d'investissements, c'est ici. Voici la page consacrée à la Belgique.

Posté le 26 novembre 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Pour 1.300 milliards d'euros de projets

Alors que Jean-Claude Juncker présente les grandes lignes de son plan d'investissement (comme prédit ici), le groupe de travail européen chargé d'en préparer les détails met la touche finale au rapport qu'il doit remettre la semaine prochaine aux ministres des Finances de l'UE. En tout, 2.000 projets ont été identifiés pour une valeur totale de 1.300 milliards d'euros. Deux projets belges sont mis en valeur dans le rapport.

A jeterCa ne veut pas dire charrette, mais c'est un signal intéressant. Le groupe de travail européen chargé de lister les projets qui pourraient être financés dans le cadre du plan d'investissement que la Commission présente ce mercredi a été séduit par deux projets belges. Dans son rapport final, le groupe de travail qui réunit la Commission et la BEI va mettre quelques projets "exemplatifs" en exergue. Parmi eux, deux projets belges seront mis en valeur: le projet bruxellois de partenariats public-privé pour développer et exploiter 10.000 places de parking dans le cadre du plan de mobilité de la ville; et le projet wallon de rénovation de l'habitat social en vue d'améliorer son efficacité énergétique. À ce stade, aucun projet du Nord du pays ne se retrouve ainsi valorisé dans le rapport de la "Task Force", même si dans son ensemble, la liste flamande est plus pertinente que les listes francophones, indique-t-on en interne.

Au total, Les États membres ont présenté quelque 2.000 projets nécessitant 1.300 milliards d'euros d'investissements (dont 450 milliards d'ici à 2018). La Belgique a présenté pour près de 60 milliards d'euros de projets, essentiellement situés en Flandre. La liste belge devait être envoyée au plus tard le 14 novembre à l'Europe, mais sa composition a encore évolué depuis avec, entre autres, les contributions de la communauté française. Surtout, la Région flamande vient d'ajouter à la liste un projet d'exploration d'énergie géothermale de 7 milliards d'euros. Au total, la Flandre propose donc pour 30 milliards d'euros de projets tandis que la Wallonie et Bruxelles avancent respectivement pour 12 et 7 milliards de projets.

@F_Rohart

Photo: l'UE met en valeur le projet de réseau de parkings bruxellois ((c) Photonews).

Posté le 25 novembre 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

"Je vous exhorte à tout faire pour que l'Europe redécouvre sa bonne âme"

Un quart de siècle après la visite de Jean-Paul II, le Pape François a prononcé ce mardi un discours historique devant le Parlement européen [vidéo]. Morceaux choisis.

Raphael IILe pape a prononcé un discours grave et très politique dans lequel il pose l'église catholique en boussole alors que "d'un peu partout on a une impression générale d'une Europe grand-mère et non plus féconde et vivante"

Le souverain pontife s'inquiète notamment de la survie des régimes démocratiques :

"Maintenir vivante la réalité des démocraties est un défi en ce moment historique. Il s'agit d'éviter que leur force réelle force politique qui est l'expression des peuples soit écartée face à la pression d'intérêts multinationaux non universels qui les fragilisent."

En faisant référence au tableau "l'École d'Athènes" de Raphaël, il a puisé dans les racines grecques de la civilisation européenne en même temps que dans le souffle de la Renaissance pour signifier le cœur de son message. Le tableau représente Platon et Aristote, l'un désignant du doigt le monde des idées ("le Ciel"), l'autre tendant la main en avant, "vers la réalité concrète". L'image résume aux yeux du Pape le défi européen: 

"L'avenir de l'Europe dépend de la redécouverte du lien vital entre ces deux éléments", a-t-il proféré, ajoutant que "une Europe qui n'aurait plus la capacité à s'ouvrir à la dimention transcendante de la vie serait une Europe qui peu à peu risque de perdre son âme ainsi que cet esprit humaniste qu'elle aime et qu'elle défend."

Il s'attaque même directement à un monde utilitariste dirigé par les puissances de l'argent :

"Chers Eurodéputés, l'heure est venue de construire ensemble l'Europe qui tourne, non pas autour de l'économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine, des valeurs inaliénables [...]. Le moment est venu d'abandonner l'idée d'une Europe effrayée et repliée sur elle-même, pour susciter et promouvoir l'Europe protagoniste, porteuse de science, d'art, de musique, de valeurs humaines et aussi de foi."

"Dans votre vocation de parlemantaires, vous êtes appelés à réaliser une grande mission [:] lutter et agir de manière féconde au milieu d'un modèle fonctionnaliste et privatisé qui conduit inexorablement à la culture du déchet."

Il associe cette "culture du déchet" et la "mentalité de consommation exagérée" aux styles de vie "un peu égoïstes, caractérisés par une opulence désormais insoutenable et souvent indifférente au monde environnant". Il s'attaque dans la même phrase à l'élimination de la vie "dans le cas des malades en phase terminale" ou "des enfants tués avant de naître".

Dans son discours, le Pape insiste sur le développement de l'éducation au travers de la cellule familiale et sur le développement d'un monde du travail qui ne serve pas à l'exploitation des personnes "mais au contraire [à] garantir la possiblité de fonder une famille, élever des enfants".

Le Pape a également livré un plaidoyer en faveur de l'écologie, estimant que "nous ne sommes pas propriétaires de cette terre". "Respecter l'environnement signifie d'éviter de défigurer la terre et de l'utiliser pour le bien commun", a-t-il dit, soulignant qu'à côté d'une "écologie environnementale", il fallait développer une "écologie humaine" fondée sur le respect de la personne.

@F_Rohart

Image: L'école d'Athènes par Raphaël (1510, détail).

Voir ou revoir le discours du pape devant le Parlement européen dans son intégralité (à partir de 15'40''): 

 

Posté le 24 novembre 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

"Voici le plan Juncker" : 21 milliards pour en lever 315

Le "Financial Times" croit connaître les grandes lignes du plan Juncker. Citant des sources européennes non identifiées, le quotidien britannique affirme que Jean-Claude Juncker veut créer un fonds de 21 milliards d'euros pour lever au total 315 milliards.

JunckerJean-Claude Juncker doit présenter cette semaine les grandes lignes de sa première initiative d'envergure: le plan de 300 milliards d'euros qu'il a annoncé cet été pour relancer l'investissement en Europe. Selon un article paru ce lundi midi sur le site du "Financial Times", le président de la Commission devrait gonfler ses ambition à 315 milliards d'euros.

Le cœur de son plan tiendrait en un fonds de 21 milliards d'euros: le "European Fund of Strategic Investiment" ("EFSI" ?). On y retrouverait 16 milliards d'euros issus du budget de l'Union européenne (des fonds à la recherche "Horizon 2020", des fonds de la "connecting europe facility", des réserves budgétaires). La Banque européenne d'investissement (BEI) y ajouterait 5 milliards sous forme de garanties.

L'idée centrale serait de lever des fonds privés à investir dans des projets d'une valeur estimée à 315 milliards d'euros, selon les "plans" qu'a pu lire le "FT". Le quotidien britannique note que "les 21 milliards d'euros vont probablement décevoir ceux qui appellent à un programme plus ambitieux de travaux publics". La formule aurait l'avantage de passer aux yeux des États membres les plus regardants: il n'y aurait ni augmentation du budget de l'UE ni risque de détérioration du rating de la BEI.

On créerait un "investment advisory hub" dirigé par la Commission et la BEI pour identifier et suivre les investissements stratégiques - des projets dont le profil de risque est trop lourd à porter pour la BEI. Pour rappel, ces deux institutions ont déjà mis en place une Special Task Force pour identifier des investissements possibles.

Reste à savoir comment attirer les investisseurs privés. Selon le FT, les premières pertes (fist-loss) devraient être couvertes par l'argent public pour rassurer les investisseurs privés - c'est une idée déjà avancée par Guy Verhofstadt la semaine dernière (il plaidait pour que le public prenne en charge les premiers 20% de pertes). Pour assurer l'adhésion des investisseurs privés, le leader des libéraux au Parlement européen (ALDE) proposait en outre d'exempter ces investissements d'impôts. 

Le plan d'investissement, pierre angulaire du programme de redynamisation économique de Juncker, doit être adopté ce mardi par le collège des commissaire et présenté dans la foulée - sans doute mercredi.

@F_Rohart

Photo: Jean-Claude Juncker, ce vendredi (PhotoNews (c)).

Posté le 21 novembre 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Les francophones sortent du bois

Alors que la Flandre a rédigé un "position paper" demandant explicitement un assouplissement des règles européennes pour lui permettre de cofinancer des grands projets d'investissements, les ministres-présidents francophones (Rudy Demotte, Paul Magnette, Rudi Vervoort) se fendent d'un communiqué commun poussant dans le même sens. 

PSLes trois ministres-présidents socialistes dénoncent les "effets pervers des règles budgétaires à l'oeuvre au niveau européen, qui, additionnées les unes aux autres, brident l'investissement public de manière trop stricte." Ils réclament : 

-La neutralisation, en totalité ou en partie des dépenses d'investissement public dans l'appréciation du respect des normes en matière de déficit et de dette publique.

-La modification des règles comptables européennes (SEC 2010) pour permettre d'impacter l'investissement sur plusieurs années.

-Prise en compte préalable des investissements publics lors de la définition des objectifs budgétaires à respecter par les États.

"Il importe que les autorités belges portent un message fort par la voix de leur représentant au Conseil européen", indiquent les trois ministres-présidents dans un communiqué qui sonne comme une réponse à l'appel du pied de la Flandre.

Mercredi 26 novembre, Jean-Claude Juncker devrait présenter son plan d'investissements de 300 milliards d'euros. Depuis qu'il a lâché le chiffre, l'été dernier, l'Union européenne s'est lancé dans l'établissement d'une liste des projets d'investissements "structurants" en mal de financement dans laquelle la commission pourrait aller puiser pour orienter efficacement ses moyens. Dans ce cadre, la Wallonie a présenté pour 8,5 milliards d'euros de projets, souvents de petite échelle. La Flandre, elle s'est montrée très gourmande, avançant pour 24 milliards de projets [la carte des projets ici]. 

@F_Rohart

Posté le 21 novembre 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Plan Juncker VS Lux Leaks

À ma gauche, Jean-Claude Juncker, qui s'apprête à présenter son plan de 300 milliards d'euros pour relancer la machine européenne. À ma droite, Marine Le Pen et Nigel Farage, qui veulent se servir du scandale "Lux Leaks" pour faire tomber le Luxembourgeois et son collège de commissaires. Le ring, c'est le Parlement européen et le match est programmé pour la semaine prochaine. 

MotionDepuis quelques jours, la rumeur voulait que le plan Juncker soit présenté lundi 24. Il semble que les eurosceptiques aient bouleversé l'agenda. Le Berlaymont avait prévu de tenir deux sessions du Collège des commissaires: une lundi à Bruxelles - qui aurait pu déboucher sur l'annonce du plan Juncker ; l'autre mardi à Strasbourg - qui aurait pu déboucher mercredi sur les recommandations de la Commission aux budgets pour nationaux 2015.

Mais M. Juncker vient de fusionner ces deux sessions du Collège en une seule mardi après-midi - "c'est du au fait que le College a le plus grand respect pour les prérogatives institutionnelles du Parlement", a indiqué le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas.

Le Parlement a utilisé sa "prérogative" de mettre à l'agenda de sa prochaine session une motion de censure contre la Commission. Les europhobes Nigel Farage (EFDD) et Marine Le Pen sont en effet parvenus à réunir les 76 signatures (sur 751 députés) nécessaires à la mise de leur texte à l'agenda. La motion s'appuie sur le scandale "Lux Leaks" pour justifier le déboulonnage de la Commission : la publication dans une quarantaine de médias internationaux, dont le Tijd et L'Echo, d'une enquête révélant les détails du système de ruling fiscal au Luxembourg (dont Jean-Claude Juncker a été Premier ministre pendant dix-sept ans). Selon la motion des députés europhobes :

"Une personne qui est responsable pour la création, la mise en oeuvre, la gouvernance et le contrôle de ces politiques agressives d'évasion fiscale n'a pas la crédibilité de servir les citoyens européens comme président de la Commission."

Si elle était adoptée par les deux-tiers des députés, l'équipe Juncker tomberait. C'est inconcevable vu le rapport de forces, mais la Commission a décidé de jouer le jeu à fond : "Le président et tous les membres du collège des commissaires seront présents et vont participer à ce débat lundi après-midi", a assuré M. Schinas. Ce qui reporte de facto la présentation des mesures d'activation économique promises par Juncker. Le plan Juncker devrait être adopté mardi, jour de la visite papale à Strasbourg, ce qui permettrait de le présenter mercredi. Le vote sur la motion de censure, lui, aura lieu jeudi, alors que les avis détaillés sur les budgets nationaux 2015. Semaine chargée en vue.

@F_Rohart

Posté le 19 novembre 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Les grands projets sont en Flandre

La Belgique a envoyé à l'Europe sa liste de projets "structurants" en mal de financement [carte]. Avec ses projets d'éolien offshore notamment, la Flandre s'est montrée beaucoup plus ambitieuse en montants que la Wallonie: Geert Bourgeois avance pour 24 milliards d'euros de projets quand Paul Magnette chiffre son ambition à 8,5 milliards. 

Carte investVendredi dernier, la Belgique a envoyé à l’Europe sa liste de projets structurants en manque de crédits à financer avant 2018. Le groupe de travail spécial mis en place par la Commission et la Banque européenne d’investissement (BEI) demandait à chaque État membre de nourrir une «réserve» de projets dans laquelle l’équipe de Jean-Claude Juncker pourrait puiser. Le processus a été lancé en septembre, après que le président élu ait annoncé un plan d’investissement de 300 milliards d’euros. Le Luxembourgeois pourrait en présenter les détails la semaine prochaine, en attendant le travail lui est prémâché à toute fin utile...

La région flamande a contribué à la liste belge en présentant 28 projets pour une valeur totale de 24 milliards d’euros (12,3 milliards pour la période 2015-2017). La Flandre a avancé très peu de projets purement publics: les partenariats public-privé (PPP) comptent pour 4,4 milliards d'euros sur les trois ans à venir, les projets privés (parcs éoliens en mer du Nord et ring d’Anvers essentiellement) pour 6,6 milliards alors que les projets publics ne représentent que 1,3 milliards sur la période.

Voici la carte des projets localisables envoyés par la Belgique (la voir en plein écran ici) :

 

Pas de méga-projet dans les 29 entrées de la liste wallone, qui représente 8,5 milliards d'euros dont 3,6 pour 2015-2017. Les investissements les plus ambitieux concernent des projets transversaux: 1 milliard pour le «développement de l'innovation» (un centre de protonthérapie à Charleroi, le pôle d'agriculture urbaine VERDIR, le projet de recyclage de métaux Reverse Metallurgy); 1 milliard pour la modernisation d'hôpitaux; 1,1 milliard pour la réhabilitation de routes.

Tous les ministres wallons n'ont pas interprété le critère d’«effet de levier» de la même manière: les projets précités se retrouvent par exemple à côté d’une «Maison des langues» à 3 millions d’euros. On attend aussi de voir dans quelle mesure un plan de rénovation des piscines wallones peut avoir une valeur ajoutée paneuropéenne... Il est vrai que le cadre défini par la BEI et la Commission permettait toutes les audaces: pas de limite de nombre de projets, pas de montant minimum d'éligibililité. La Région souligne par ailleurs pour la plupart des projets que leur réalisation est entravée par les limites d’investissement des pouvoirs publics et la nouvelle norme comptable d’Eurostat qui «restreint la politique wallonne en matière d'investissement».

Le gouvernement Bruxellois n'a pas voulu livrer le détail des 27 projets avancés, mais il est question du métro Nord, de l'automatisation des rames (PULSAR), d’un centre ICT sur le campus de la Plaine, notamment.

La liste belge compte enfin quelques contributions du fédéral et de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) auxquelles nous n’avons pas pu avoir accès.

@F_Rohart

Posté le 18 novembre 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Le budget européen dans l'impasse

Les négociations entre le Parlement et le Conseil de l’UE se sont soldées par un échec. La Commission tente une conciliation de la dernière chance [vidéo].

DeprezL’Union européenne va-t-elle continuer à payer les bourses Erasmus, les soutiens aux PME, les aides à la recherche…? La question se pose alors que le Parlement européen et les États membres s’opposent frontalement sur les budgets rectificatifs de 2014 et sur le budget 2015. Fin octobre, les deux législateurs de l’Union avaient entamé une procédure de conciliation qui devait durer trois semaines. Les discussions se sont soldées sur un échec lundi soir.

Le Parlement européen refuse de parapher le budget 2015 de l’Union européenne tant que les comptes de 2014 ne sont pas en ordre. L’Union a accumulé un déficit de crédits de paiements de 23 milliards d’euros et le président de la Commission Jean-Claude Juncker l’a lui-même souligné: «Pour être crédible (l’UE) doit honorer ses engagements.» Mais le Conseil de l’UE, qui réunit les États membres, refuse d’avancer de manière significative sur ce point.

«Une solution existait pourtant: remettre dans le budget 2014 les 5 milliards d’amendes pour infraction diverses au droit communautaire perçus cette année par la Commission européenne», estime l’eurodéputé libéral Gérard Deprez (ALDE, MR). En refusant cette proposition, en «préférant redistribuer cet argent aux Etats membres, le Conseil s’est lui-même mis dans l’impasse, et le budget avec», poursuit le Belge dans un communiqué. Le Parlement veut éponger 4,7 milliards d’euros de factures impayées avec les pénalités infligées aux entreprises et États qui ont enfreint les règles de la concurrence, notamment.

«C’est un principe de gestion des finances publiques: quand on a un revenu imprévu et des dettes, on utilise ce revenu pour payer les dettes», estime de son côté le président de la commission des Budgets du Parlement, le Français Jean Arthuis. Les gouvernements, eux, ont arrêté leur position bien avant le début des discussions avec les députés et n’en dévieront pas: sur les 5 milliards d’euros issus d’amendes recouvrées cette année, les ils veulent en récupérer 3. Il n’en resterait donc que 2 à l’UE pour régler des impayés. 

Ultime tentative

Cette dernière proposition est inacceptable pour le Parlement, qui lie la question des budgets rectificatifs de 2014 à l’adoption d’un budget pour l’année 2015. «Pas de solution pour les impayés, pas d’accord sur le budget européen» a averti Martin Schulz, le président de l’hémicycle. La Commissaire en charge du Budget, Kristalina Georgieva, est chargée de présenter une nouvelle proposition de budget dans les jours qui viennent. Or là aussi, le Parlement et les États membres s’opposent. Une très large majorité des eurodéputés demande 145,2 milliards d’engagements en 2015 alors que les États membres se sont accordés sur le chiffre de 144,5 milliards. "Tout dépendra de l'intelligence et de la subtilité de la proposition de la Commission" considère Gérard Deprez dans cette vidéo:

Si un accord n’est pas trouvé sur les budgets rectificatifs de 2014 et le budget de 2015 avant la session plénière du Parlement du 15 décembre, la procédure des «douzièmes provisoires» devra être enclenchée. Ce serait une première depuis les années Thatcher, où cette mécanique a été déclenchée à trois reprises. 

@F_Rohart

N.B. Article publié dans L'Echo du 19 novembre.

 

Posté le 13 novembre 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

La Belgique envoie sa liste à Saint-Nicolas

La Belgique doit envoyer ce vendredi sa liste de projets en mal de financement à la Commission, qui promet un plan d'investissement de 300 milliards d’euros dans les trois ans. 

ExcelUn tableau Excel. La Belgique doit transmettre ce vendredi à la Commission une liste détaillée des projets en mal de financement qui pourraient tirer profit d'un plan de relance européen à la sauce Juncker. Depuis que le président de la Commission a annoncé 300 milliards d'investissements dans les trois prochaines années, un groupe de travail ("Special Task Force" pour les intimes) s'emploie à constituer un "réservoir" de projets aux quatre coins de l'Union dans lequel la nouvelle commission pourra puiser à sa guise pour orienter les investissements annoncés.    

Des projets privés devraient figurer sur la liste de projets belges – essentiellement dans l’énergie, les transports et le digital, indique-t-on à la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). Les autorités fédérales présenteront pour leur part des projets dans la recherche nucléaire à usage médical et la mobilité (notamment le plan d’investissement de la SNCB). Mais le gros de la liste devrait venir des trois Régions, qui ne sont pas toujours à l’aise avec le processus.

Bruxelles refuse de s’étendre sur la liste de projets que le gouvernement a arrêtée jeudi matin. La Région est entrée à reculons dans ce processus dont personne ne sait exactement ce qu’il faut attendre. 

Côté wallon, le ministre-président Paul Magnette (PS) refusait lui aussi, hier, de dévoiler la liste complète des projets mais en donnait les grandes lignes dans un communiqué: réhabilitation des routes, accès aux pôles connectés au réseau de transport européen, infrastructures fluviales (liaison Seine-Escaut…), etc. Le montant total de ces projets wallons représente 8,5 milliards d’euros, dont 3,6 milliards pour la période sur laquelle Juncker entend se concentrer (avant 2018).

La Flandre avance de son côté une liste totalisant 12,3 milliards d'euros pour la période 2015-2017, l'ensemble des projets étant évalué à 24 milliards en tout. Les principaux projets sont les parcs éoliens offshore et le ring d'Anvers, mais le plus grand besoin de financement à court terme va pour les hôpitaux (2,5 milliards à investir d'ici la fin 2017). (1)

Qu’adviendra-t-il de ce catalogue de projets? Impossible à dire. Cela dépendra notamment de la qualité de la «liste»: si les Belges parviennent à mettre en valeur des projets à valeur ajoutée susceptibles de provoquer un effet de levier sur l’activité économique et réalisables d’ici 2018, le plan Juncker pourrait leur sourire. Le problème, c’est que personne ne sait exactement ce que Jean-Claude Juncker a derrière la tête. Il doit détailler son plan «avant Noël». En attendant, le procédé fait grincer bien des dents. «On prend les choses à l’envers en demandant de faire remonter les projets, mais on risque de créer des attentes…», observe-t-on à la FEB. 

@F_Rohart

N.B. Version courte de l'article à paraître dans L'Echo du 14 novembre 2014.

(1) Paragraphe ajouté le 15 novembre.

Posté le 13 novembre 2014 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Un tableau "blasphématoire" aux oubliettes du Parlement

La tolérance a-t-elle perdu une bataille symbolique au Parlement européen ? Après les attaques répétées du Front national et de la Ligue du Nord contre un tableau qu'ils jugent "blasphématoire", le Parlement a décidé de décrocher l'œuvre, "pour la protéger". 

CassinariQuand l'Italie a pris la présidence tournante de l'Union européenne, en juillet dernier, le Parlement européen est allé comme de coutume puiser dans ses réserves d'œuvres d'art pour exposer des tableaux du pays. L'un d'eux a fait bondir des élus français et italiens du Front national et de la Ligue du Nord. Bruno Gollnish et Mario Borghezio, pour ne pas les nommer, s'en sont violemment pris à "Il dolore" (la ballerine, 1977), du peintre italien Bruno Cassinari. Ils l'ont décroché à plusieurs reprises, et Bruno Gollnish en a dégradé le cadre par des inscriptions.

Au cours de la dernière session plénière, la semaine dernière, les autorités du Parlement ont cédé. "On a fini par le retirer pour ne plus avoir à le raccrocher à chaque fois", explique-t-on au Parlement européen. "Pour le moment il est place dans le stock des œuvres d'art, pour effectuer l'expertise et la réparation." 

Sur son site, Bruno Gollnish a estimé que l'on s'était incliné "devant le risque de voir le mur du Parlement se couvrir de protestations spontanées"

Avec ce coup de force, les élus d'extrême droite auraient-ils arraché à Strasbourg leur première victoire sans même avoir eu besoin d'entrer dans l'hémicycle ? (1) Non, assure le service de presse du Parlement européen: "Les questeurs, à leur réunion la semaine dernière ont souligné que le tableau va retrouver sa place au Parlement après restauration." 

En attendant, la peinture de Bruno Cassinari, ainsi que l'ensemble des collections du Parlement européen, peut toujours être vue ici.

@F_Rohart

(1) C'est ce que nous affirmions dans une première version de cet article, avant que la décision des questeurs soit connue. 

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