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Posté le 26 novembre 2014 par Frédéric Rohart

Une "offensive européenne" pour l'investissement

Jean-Claude Juncker a présenté son plan pour combler le déficit d'investissements en Europe. Il espère attirer 315 milliards de fonds privés dans les trois ans. Le vice-président de la Commission Jyrki Katainen parle d'une "offensive pour l'investissement".

Ioannes_Claudius_Juncker_die_7_Martis_2014Réveiller les montagnes de capitaux européens  qui dorment dans les coffres privés, cela fait des années qu'on en parle, Jean-Claude Juncker vient enfin de présenter un plan susceptible de le faire. Son gros réveil à cloches prend la forme d'un fonds de 21 milliards d'euros qui doit servir à garantir en premier recours les grands projets à financer d'ici 2018.

Vingt-et-un milliards pour relancer un continent ? La mise de départ peut sembler dérisoire, mais le plan est généralement bien accueilli dans les rangs de la "majorité" qui soutient Juncker au Parlement européen : il ouvre la voie à l'investissement sans pour autant grever les budgets publics, puisque les 21 milliards qui formeront le Fonds européen pour les investissements stratégiques (EFSI) seront issus du budget courant de l'Union européenne et de garanties de la Banque européenne d'investissement (BEI).

La Commission espère que ce fonds permettra de lever 315 milliards d'euros pour financer des projets structurants pour l'économie européenne. Les Etats membres ont déjà remis à l'UE quelque 2.000 propositions de projets pour 1.300 milliards d'euros en tout, une task-force de la BEI et de la Commission est déjà entrain de faire le tri.

Jyrki Katainen, le vice-président de la Commission en charge des investissements a détaillé le plan comme suit:

Un fonds stratégique sera mis sur pied, le European Fund for Strategic Investments, ou "EFSI". Retenez ce sigle, on ne parlera plus que de lui dans les mois à venir. Le fonds se composera comme suit:
-5 milliards d'euros de capital versé par la BEI.
-16 milliards d'euros via le budget de l'UE. La Commission va placer 8 milliards d'euros de son budget dans un fonds de garanties qui permettra de délivrer 16 milliards au FSI.

Cette base de capital de 21 millliards permettra de lever des prêts publics pour un peu plus de 60 milliards. Ce levier permettrait selon Katainen d'attirer des investissements privés de manière à ce que l'ensemble des investissements représente 315 millliards.

 

L'EFSI se concentrera sur les investissements dont le profil de risque est trop élevé pour la BEI et servira de garant en premier ressort. Couvrir le cas échéant les premières pertes devrait encourager le privé à sortir du bois.

L'autre moyen mis en place pour redonner confiance aux investisseurs, c'est la création d'un "pipe-line" transparent de projets soutenus par l'Union: il s'agit d'offrir plus de visibilité aux investisseurs pour les aider à prendre les bonnes décisions. C'est tout le sens du travail mis en œuvre par la "Special Task Force" dont on parle beaucoup sur ce blog. 

Si le plan fonctionne, il sera reconduit pour la période 2018-2020, a indiqué Jean-Claude Juncker. 

Certains déplorent que le contribuable soit en première ligne pour assumer les risques. C'est le cas du co-président des écologistes européens Philippe Lamberts : 

La majorité au Parlement européen (socialistes S&D, libéraux ALDE, conservateurs PPE) soutiennent globalement le plan. Alors que le chef du groupe conservateur Manfred Weber parle d'un "pas vers un agenda de réformes ambitieuses", le leader socialiste Gianni Pittella estime ainsi que cela "vaut la peine d'essayer" :

 

 

Il faut dire que le plan Juncker prend en compte une demande des socialistes (mais aussi de certains États comme la Belgique) en proposant de sortir une partie des investissements du périmètre des règles de discipline budgétaire: "Si un pays ne respecte pas le pacte de stabilité parce qu'il contribue au fonds EFSI, la Commission européenne n'en tienra pas compte", a dit Jean-Claude Juncker au cours d'une conférence de presse à Strasbourg.

De sonc côté, le chef de groupe libéral Guy Verhofstadt demande à ce que les investissements ainsi soutenus par l'Europe ne soient réalisés que dans les Etats membres qui réalisent des réformes structurelles: 

La Commission n'a rien annoncé de tel, mais précise que les projets seront sélectionnés par le management de l'EFSI. La proposition de la Commission ne prévoit pas de quotas par pays. Reste à voir dans quelle mesure les États membres pourraient tenter de la modifier. 

 @F_Rohart

N.B. La Commission a mis en ligne un site spécial pour expliquer le plan d'investissements, c'est ici. Voici la page consacrée à la Belgique.

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