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Posté le 30 janvier 2015 par Frédéric Rohart

Pourquoi la Grèce défend Vladimir Poutine

La Grèce d'Alexis Tsipras veut ménager la Russie et laisse planer le doute sur un possible veto contre de nouvelles sanctions à l'égard du pouvoir russe. La Grèce est très liée économiquement à la Russie, et Syriza est attaché à l'idée d'aider les Russes pour contrebalancer le pouvoir occidental, analyse le politologue Angelos Chryssogelos. Le spectre du veto pourrait cependant n'être qu'une option tactique: forger une monnaie d'échange en vue des négociations sur ce qui compte vraiment aux yeux des Grecs, la dette. 

Tsipras à MoscouL'Union européenne envisage d'élargir la liste des Russes persona non grata voire de prendre de nouvelles sanctions contre la Russie, après le pilonnage sanglant de Marioupol, en Ukraine. Le cas échéant, ces décisions devront être prises à l'unanimité. Se pourrait-il alors que la Grèce oppose son veto à un nouveau train de sanctions? La question se pose depuis le début de la semaine.

Deux jours après son élection, le Premier ministre grec Alexis Tsipras a personnellement rappelé la patronne de la diplomatie européenne à l'ordre dans ce dossier. Federica Mogherini avait laissé entendre dans un communiqué que les Vingt-Huit étaient prêts à prendre de nouvelles sanctions, mais cette déclaration "n'a pas le consentement de la Grèce", avait fait savoir l'entourage de Tsipras.

C'est du ministre grec des Finances qu'est venue la clarification la plus nette sur le coup de fil de Tsipras à Mogherini. Tout en reconnaissant n'être pas qualifié pour s'exprimer sur ces matières, Yanis Varoufakis a indiqué sur son blog que :

"La question n'était pas de savoir si notre nouveau gouvernement est d'accord ou pas avec de nouvelles sanctions, mais de savoir si notre point de vue peut être tenu pour acquis sans même qu'il ait été délivré!"

Une question de principe, donc. "Ils ont voulu dire: nous avons nos propres opinions, faites attention la prochaine fois", observe Angelos Chryssogelos, spécialiste de la Grèce et des partis populistes à l'Université de Limerick, en Irlande (1).

Tactique et idéologique

Mais les principes n'expliquent pas tout. La Grèce est depuis le début de la crise ukrainienne l'un des pays d'Europe les moins hostiles envers le régime russe. Les liens économiques ne comptent pas pour rien: "On s'inquiète beaucoup en Grèce de voir les sanctions déboucher sur la perte de centaines de milliers de touristes russes, souligne Angelos Chryssogelos. Et la Grèce est un pays qui ne peut pas se permettre de perdre le moindre apport économique avec quelque pays que ce soit." 

Hier, le ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Kotzias, a expliqué vouloir "prévenir une fracture" entre l'Union et la Russie. En laissant planer un veto, Athènes pourrait se constituer un outil de négociation sur le dossier épineux de la dette. "Dans quelques mois la Grèce pourrait faire du troc, dire: 'Donnez-nous quelque chose de plus dans le dossier de la dette et nous adoucirons notre position dans le dossier russe'", avance Chryssogelos.

La position de Syriza a également une dimension idéologique - personne n'a oublié que pendant la campagne européenne de mai dernier, Alexis Tsipras est allé se montrer à Moscou pour se démarquer de la politique de l'Union européenne. Il avait notamment rencontré la présidente du Conseil de la Fédération (le Sénat russe) Valentina Matvienko, qui est directement visée par les sanctions européennes (photo). Celle-ci avait indiqué à l'occasion de cette rencontre que la Grèce est "un partenaire stratégique" pour la Russie. 

Syriza n'a pas de penchant particulier pour le régime de Vladimir Poutine, "mais l'idée que le monde doit fonctionner de manière plus multilatérale, que le poids de l'Occident doit être contrebalancé, encourage Syriza à adopter une position plus conciliante envers la Russie et d'autres pays émergents", note le politologue. La Grèce de Tsipras semble en première ligne pour mettre de l'eau dans le vin des Européens face à la Russie.

@F_Rohart

(1) Nous avions déjà parlé des travaux d'Angelos Chryssogelos dans un post publié en mai dernier sur les affinités des partis populistes d'Europe envers la Russie de Vladimir Poutine, à relire ici.

N.B. Version longue de l'article publié dans L'Echo du 30 janvier 2015.

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