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Posté le 7 mai 2014 par L'Echo

En 2020 il y aura bien plus de données que d'espace de stockage : une bénédiction pour la vie privée ?

Emc44tbDes appareils photo numériques aux thermostats intelligents, tout dépend aujourd'hui d'Internet. Le fameux « Internet des Objets » entraînera en 2020 une consommation de données de plus de 44 billions de gigaoctets, soit dix fois plus qu’aujourd'hui. Selon le spécialiste du stockage EMC, l'industrie du stockage ne sera pas en mesure de suivre cette croissance explosive. Une bonne chose pour le respect de notre vie privée ?

Ces chiffres proviennent de la dernière étude EMC Digital Universe. Cette étude, réalisée par IDC, mesure et prédit la quantité de données numériques que génèrent chaque année les entreprises et les particuliers du monde entier. Une part importante de la croissance est due à l'Internet des Objets, tous ces gadgets qui collectent, créent, stockent et/ou communiquent des données automatiquement. Si l'on additionne tous ces objets, des chaussures de course qui enregistrent votre vitesse aux capteurs installés sous la chaussée et qui cartographient les modèles de circulation, on arrive déjà aujourd'hui, selon IDC, à 200 milliards d'objets. Parmi ceux-ci, 14 milliards communiquent par Internet, et représentent deux pour cent de toutes les données mondiales. En 2020, si l'on en croit les chercheurs, le nombre d'appareils connectés aura atteint les 32 milliards, soit dix pour cent de toutes les informations numériques.

L'ampleur de l'univers numérique total progressera vraisemblablement de façon encore plus exponentielle, de 4,4 zettaoctets (= billion de gigaoctets) par an à 44 Zo en 2020. Tant les entreprises que les consommateurs en sont responsables. Le ménage moyen créera ainsi en six ans suffisamment de données pour remplir 318 smartphones (de 32 Go chacun), contre « seulement » 65 téléphones aujourd'hui. Les marchés émergents poussent encore davantage la consommation de données à la hausse. Aujourd'hui, la plupart des informations numériques sont encore générées par des pays comme les États-Unis, l'Allemagne et la Chine, mais dans quelques années, le Brésil, la Chine, l'Inde, le Mexique et la Russie, entre autres, prendront la tête.

Moins d'espace, plus de vie privée ?

La conséquence de cette explosion de données est qu'il y aura bientôt encore moins d'espace de stockage pour toutes les données. La croissance de la capacité disponible ne suit en effet plus – depuis longtemps – le rythme de la production de données. Pour se faire une idée : aujourd'hui, l'espace disque total disponible ne peut accueillir que 33 pour cent de l'univers numérique et, en 2020, cette part ne sera plus que de 15 pour cent. Si vous espériez secrètement que ce fût une bonne nouvelle pour la vie privée de l'internaute, parce que des sites comme Facebook n'auront tout simplement plus de place pour conserver indéfiniment chacune de nos élucubrations et photos, nous risquons de vous décevoir : « Il n'y a pas de véritable lien entre le manque croissant de capacité de stockage et la vie privée des consommateurs », avance Christophe Jacques, porte-parole de EMC. « Le manque est avant tout un défi pour les entreprises, qui produisent, gèrent ou traitent 85 pour cent des données. Celles-ci devront veiller à ce que l'utilisateur final dispose de davantage de données transitoires (ou éphémères), comme c'est maintenant le cas avec les films à la demande et la musique en streaming. Ces solutions ne requièrent plus un stockage longue durée. »

« La vie privée demeurera donc, même après 2020, du seul ressort du consommateur », poursuit Christophe Jacques. « Il doit réfléchir à ce qu'il publie sur Facebook, et choisir d'utiliser ou non Gmail et Foursquare. Nous constatons que de plus en plus d'internautes commencent à protéger plus activement leur vie privée. Pensons à Snapchat, une app surtout populaire chez les jeunes où le destinataire ne peut voir qu'une seule fois les photos et vidéos qu'il reçoit. Vous choisissez en outre combien de temps votre publication demeure visible. Si cette tendance se poursuit, les utilisateurs seront de moins en moins enclins à conserver des données pour l'éternité sur les plates-formes publiques, et ce quelle que soit la capacité disponible. »

Michel van der Ven