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Posté le 5 mai 2017 par Philippe Degouy

C’est beau l’amour quand il rime avec humour

Par Philippe Degouy

« Il y a des jours où Cupidon s’en fout » chantait Georges Brassens. L’amour, toujours. L’amour, impossible sans humour réplique Antoine Chereau. Avec son nouvel album  Du moment qu’on s’aime (éd. Pixel Fever), il revisite en quelque 85 planches de bande dessinée ce sentiment amoureux qui régit le monde. Un amour à multiples visages analysé, décortiqué, pour mieux le moquer. L’amour homme- femme, homo, lesbien. Mais aussi l’amour du quatrième âge, l’amour filial, celui des familles recomposées.
Rien n’est oublié par un auteur dont l’humour emprunte aussi bien à Pierre Desproges qu’à Sacha Guitry, spécialiste des rapports homme-femme et auteur de citations restées cultes. Comme celle qui ouvre l'album : « Le mariage, c’est résoudre à deux les problèmes qu’on n’aurait pas eu tout seul. »
Un sujet traité par Antoine Chereau avec des planches minimalistes ou un peu plus complexes, qui servent toutes d’écho à son humour ravageur, emprunté à celui de Reiser, bête et méchant, de Wolinski ou du dessinateur Claude Serres, plus dépouillé mais terriblement cynique. Avec Chereau, toute la puissance humoristique se retrouve concentrée dans les dialogues ou les monologues exprimés contre le conjoint. Le dessin n'est qu'un support, un contenant. Comment résister au rire devant cette femme représentée devant une vaisselle monstre et à qui son mari déclare, benoîtement : « laisse, tu feras ça tout à l’heure, j’ai envie de toi. » Autre pépite, cette planche avec un couple au lit. Avec madame plongée en pleine crise existentielle : « les hommes ne pensent qu’à ça ! Pas un mot d’amour. Le cul ! Le cul ! Le cul ! D’ailleurs, tous les ouvrages sur le sujet convergent. C’est le mot, répond le mari d’un sourire carnassier. »

CHEREAUTrès souvent, on repense aux caricatures d'Albert Dubout, avec ses grosses femmes accompagnées d’un petit monsieur qui n’a que l’humour à offrir aux attaques de sa maîtresse femme. « C’est horrible, les enfants vont partir, et nous allons rester seuls. – Pars avec eux » dit le mari, d’un sourire vachard. Un amour qui peut se révéler cruel, pourri par le quotidien et le temps qui passe. Situation parfaitement résumée par ce dessin d’un couple en barque sur un étang : « c’est fou comme cette balade en barque ressemble à notre vie ! Tu rames et je m’emmerde » déclare madame.

On sourit, parfois, on rit, le plus souvent. Car le comique est drôle. Hilarant souvent. Oui, d’accord, mais le rire se fait parfois grimace. Car le comique de situation repose, on le sent, sur la vie quotidienne. L’auteur a largement puisé dans le catalogue des comportements amoureux. Les relations parents-ado n’ont rien à envier quant à la portée comique. À l’instar de cette cette confrontation, le mot est choisi, entre un jeune et ses parents : « bien sûr qu’on t’aime ! Tu crois qu’on aurait sacrifié notre vie pour toi si on ne t’aimait pas ? »

Un album qui peut se refermer sur le souvenir de la planche qui ouvre les hostilités. Avec des invités, hilares, réunis autour d’un orateur lors d’un mariage entre deux jeunes tourtereaux fraîchement tombés du nid familial : « Je lève mon verre aux jeunes mariés qui pensent encore qu’ils vont s’aimer pour toujours. »
Un album truculent, qui célèbre une thématique sans fin, l'amour, qui se lit sans faim. Cela décape, certes, mais ne dit-on pas : « qui aime bien châtie bien » ?

Du moment qu’on s’aime. Dessin et texte d’Antoine Chereau. Éditions Pixel Fever. 88 pages, 23 euros
Couverture : éditions Pixel Fever

 

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