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Posté le 6 mai 2017 par Philippe Degouy

Nous, la Légion

Par Philippe Degouy

Présente chaque année sur les boulevards parisiens pour le défilé militaire du 14 juillet, la Légion étrangère véhicule une kyrielle d’images d’Epinal. Mais qu’en est-il exactement ? Qui sont ces hommes qui viennent du monde entier pour tenter d'intégrer ce corps d’élite né en 1831 ? Pourquoi viennent-ils se présenter, en France, pour revêtir l’uniforme et oublier un passé parfois douloureux ? Autant de réponses à trouver dans Legio Nostra (ed. du Lombard), très beau reportage construit sous la forme d’une BD documentaire.
Aux commandes, Hervé Loiselet (Les carnets secrets du Vatican, 20 ans de guerre, Blackline) au scénario et Benoît Blary (Virginia, Sigurd et Vigdis) au dessin, rendent un double hommage. À la Légion, mais aussi au documentaire, devenu culte, de Pierre Schoendoerffer, Section Anderson (1968). Une œuvre qui interrogeait des soldats américains partis au Vietnam. Comme elle, Legio Nostra s’intéresse davantage aux hommes qu’aux exploits guerriers. Qui sont ces légionnaires ? Et comment font-ils la guerre ?  Après une partie dédiée à l'histoire de la Légion, de nombreux chapitres suivent le quotidien du légionnaire, depuis son arrivée en France jusqu’à son engagement sur le terrain. Au Mali, en Afghanistan ou dans les rues de France pour sécuriser le public face à la menace islamiste.

Legio-nostraSur des textes de Hervé Loiselet, parfaitement documenté, Benoît Blary livre un dessin superbe, avec des aquarelles aux teintes chaudes, qui rappellent ce sable du désert, lié à l’histoire de la Légion. Leur album se lit comme un reportage vécu au sein de la Légion. Incarnation d'une société multiculturelle idéale. Tous les pays y sont représentés, ou peu s'en faut, avec des soldats venus de tous les coins du monde et devenus des frères d’armes soudés par l’action et l’amour de la France.
De l’action, l’histoire de la Légion n’en manque pas. Un passé historique écrit en lettres de sang. Les 36.000 légionnaires morts pour la France peuvent en témoigner. Autant de soldats qui ont suivi leur serment d’accomplissement de la mission reçue, même au prix du sacrifice ultime.

De nombreux témoignages, des anecdotes historiques, l’histoire des insignes, des chants permettent d’en apprendre beaucoup au sujet de la Légion. Vous découvrirez, notamment, l’histoire du képi blanc, ou le culte voué à la prothèse articulée du capitaine Danjou depuis Camerone. Ce symbole de l'amour de la France, payé au prix fort. Vous saurez aussi pourquoi il n’y a plus de boudin pour les Belges.
Une image de la Légion dépoussiérée de tous ses clichés ou idées fausses.

Un très bel album sur lequel plane l’ombre du mythe, la célèbre bataille de Camerone, ce Fort Alamo à la française dont on célèbre l’histoire tragique chaque 30 avril. En 1863, 62 légionnaires ont ainsi défié 2.000 soldats mexicains pour la réussite d'une mission capitale.

Au fil de la lecture, chacun suit avec grand intérêt le chemin parcouru par ces étrangers devenus eux aussi fils de France, non par le sang reçu, mais par le sang versé. Un album qui se veut aussi un clin d’œil personnel adressé par Hervé Loiselet à un grand-oncle, Marcel Vambewer, engagé volontaire à la Légion.

« Oublions, avec nos peines, la mort qui nous oublie si peu,
Nous la Légion
. »

Legio Nostra. La Légion étrangère d’hier et d’aujourd’hui. Scénario de Hervé Loiselet, dessin de Benoît Blary. Éditions du Lombard, 120 pages, 18 euros
Couverture : éditions Le Lombard

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